Et si la généalogie était avant tout une histoire de mémoire et de transmission ?
Après avoir exercé comme rédactrice web pendant une dizaine d’années, Emmanuelle Souchet, bénévole chez Pop’Média, est devenue historienne familiale et généalogiste. À travers son métier elle raconte les histoires de celles et ceux qui nous ont précédés. A travers son podcast L’Arbre s’épanche, elle partage des histoires parfois émouvantes, parfois surprenantes, toujours profondément humaines.
Elle nous raconte comment les archives, les souvenirs et les voix du passé nourrissent son travail au quotidien.
En quoi consiste ton métier de généalogiste et historienne familiale ?
Je suis historienne familiale et je propose mes services de généalogiste aux familles qui souhaitent en savoir plus sur leur histoire. J’accompagne également les personnes qui désirent transmettre leur propre parcours de vie. Pour cela, je réalise des entretiens enregistrés, que je retranscris ensuite afin de rédiger leurs souvenirs sous la forme d’un livret ou d’un récit de vie.
On distingue les généalogistes successoraux, chargés de retrouver des héritiers, et les généalogistes familiaux, spécialisés dans la recherche des ancêtres et de l’histoire des familles. Le métier d’historienne familiale englobe l’ensemble des recherches liées au passé d’une famille, que ce soit pour mieux connaître ses origines ou pour transmettre des souvenirs, des expériences et des connaissances aux générations futures. Cette activité repose donc sur des notions essentielles de mémoire, de transmission et de partage.
J’exerce cette profession depuis cinq ans. Je suis titulaire d’un DEA d’histoire, diplôme qui correspond aujourd’hui à un niveau master. Les personnes qui souhaitent faire appel à mes services me contactent principalement par l’intermédiaire de mon site internet. Je fais également partie du réseau professionnel l’UPro-G, une association de généalogistes familiaux professionnels, au sein de laquelle je siège au conseil d’administration.
Mes clients me sollicitent pour différentes raisons. Certains souhaitent simplement satisfaire leur curiosité et mieux connaître leurs origines. D’autres ont déjà commencé des recherches généalogiques de manière amateur, mais se trouvent bloqués par manque de sources, de méthode ou d’expérience. Ils me demandent alors de poursuivre leurs investigations ou de vérifier l’exactitude de leur arbre généalogique.
Aujourd’hui, grâce à l’intelligence artificielle et aux nombreuses plateformes collaboratives disponibles en ligne, il est devenu plus facile d’effectuer des recherches généalogiques de manière autonome et de récupérer des informations publiées par d’autres internautes. Toutefois, l’erreur humaine reste possible : une information erronée peut être reprise et se propager d’un arbre généalogique à un autre. Dans ce contexte, faire appel à un professionnel permet de bénéficier d’un regard critique, d’une méthodologie rigoureuse et d’une vérification approfondie des données recueillies.
Pourquoi avoir choisi le podcast comme moyen d’expression ?
J’adore raconter des histoires. Jusqu’à présent, cela passait principalement par l’écrit. Ce qui me plaît dans le podcast, c’est que la voix apporte une autre dimension émotionnelle et permet de transmettre les récits différemment.
Je me suis également lancée dans ce projet pour compléter mon activité professionnelle. Dans le cadre de mon métier, lorsque je réalise des recherches pour un client, je lui remets un dossier complet et j’en conserve un exemplaire dans mes archives. Au fil de mes investigations, je découvre parfois des histoires que j’ai envie de mettre en valeur.
Il peut s’agir de personnages que je trouve particulièrement inspirants ou émouvants et auxquels j’aimerais rendre hommage. Parfois aussi, certaines recherches sortent de l’ordinaire par leur complexité, leur singularité ou les découvertes qu’elles révèlent. Je trouve alors intéressant d’en expliquer les coulisses et la démarche.
Toutefois, le respect de la confidentialité reste primordial. Je ne diffuserai jamais le portrait d’une personne ni aucun élément issu d’un dossier sans l’accord préalable du client concerné.
Le premier podcast concernait ma famille. Ma belle-sœur a récupéré une boîte de cartes postales des années 1920, très révélatrice de l’époque. Dans le prochain podcast, nous aurons d’ailleurs l’occasion de les entendre.
Comment est née l’idée du podcast L’Arbre s’épanche ? Et que représente ce titre pour toi ?
L’arbre fait référence à l’arbre généalogique. Quant au terme « s’épanche », j’aimais bien le jeu de mots avec l’idée de se pencher sur son passé et son histoire familiale. le logo du podcast représente une branche dont les feuilles ont la forme de coeurs, car derrière chaque nom d’ancêtre, il y a eu une vie, des émotions, une histoire.
Qu’aimerais-tu que les auditeur·rices retiennent de tes épisodes ?
Je souhaite que les personnes retiennent que la généalogie ne se résume pas à des dates de naissance, de mariage ou de décès. On peut aller beaucoup plus loin dans les recherches. Au-delà des noms et des adresses, il est possible de retrouver des moments de vie, des parcours et des histoires familiales.
Grâce aux archives, de nombreux documents sont aujourd’hui accessibles et exploitables. Ils permettent de faire des découvertes parfois étonnantes et d’apporter une dimension beaucoup plus vivante à l’histoire de nos ancêtres.
Quel lien existe-t-il entre ton métier et ton podcast ?
Le podcast est vraiment né de cette activité. C’est une manière de prolonger mon travail et d’aller encore plus loin dans ce lien que je tisse avec les ancêtres que je découvre au fil de mes recherches.
Lorsque des recherches durent plusieurs mois, il est parfois dommage que tout ce travail soit ensuite simplement rangé dans un dossier. Raconter ces histoires, faire revivre ces parcours et faire connaître ces personnes souvent tombées dans l’oubli permet, à leur manière, de les faire perdurer dans la mémoire collective.
Que t’apporte ton parcours de rédactrice web dans cette aventure podcast ?
J’ai une façon de raconter très écrite ; j’aime rédiger et travailler les textes. D’ailleurs, j’ai d’ailleurs coécrit un livre sur les 100 ans de l’école Ste Thérèse de Treillères avec Hélène Prigent. J’ai également conscience que l’écriture et le choix des mots sont très importants dans la réalisation d’un podcast.
Y a-t-il un témoignage, une histoire ou une rencontre qui t’a particulièrement marquée depuis le lancement du podcast ?
Dans ma famille, l’une de mes tantes possédait une médaille portant le prénom Marie. Nous étions persuadés qu’il s’agissait de mon arrière-grand-mère. Mais en réalité, cette médaille appartenait à l’une de ses sœurs, décédée avant tous les membres de ma famille encore vivants aujourd’hui.
Malheureusement, mon arrière-grande-tante a connu une fin dramatique J’ai pu retrouver la trace de son histoire grâce à un article de presse conservé dans les archives. Cette découverte a permis de redonner une place dans notre arbre généalogique à une femme dont le souvenir s’était peu à peu effacé de la mémoire familiale.
Cette histoire fera l’objet de l’un des prochains épisodes.
Pourquoi est-il important, selon toi, de recueillir et transmettre les histoires familiales aujourd’hui ?
Nous ne sommes ni responsables ni victimes du passé de nos ancêtres. En revanche, savoir d’où l’on vient peut-être important pour mieux comprendre son histoire et construire son identité.
Tous les supports sont intéressants. Certaines personnes sont davantage attirées par l’écrit, tandis que d’autres préfèrent l’audio. L’essentiel est de pouvoir s’adapter aux sensibilités de chacun et de proposer différentes façons de découvrir, de transmettre et de partager ces histoires familiales.
Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer dans le podcast ?
Je suis encore débutante, mais je dirais que se faire accompagner dès le départ, notamment par le biais d’une formation, est essentiel. Cela permet d’acquérir les compétences techniques nécessaires au montage, mais aussi d’apprendre à poser sa voix afin de gagner en aisance à l’oral. Il est également très important de construire un plan solide pour structurer efficacement son propos et mieux conduire la narration.
Quels sont tes projets ou envies pour la suite de L’Arbre s’épanche ?
Je souhaite que mon projet dure, car il me tient à cœur et j’aime ce que je fais. J’ai encore beaucoup d’idées à développer. Pourquoi ne pas en parler dans des lieux en lien avec la thématique de mon podcast, comme le restaurant Carte Postale sur l’Île de Nantes ?
